LES FILMS

 

Un Belge de passage - Alain Nahum, France, 2013, 2’41

Vendredi 11 – 10h – Salle 1 – Cinéma des confins

Un simple mouchoir en papier froissé qui se débat en pleine rue sur une bouche d’aération. Il n’y a rien d’autre à voir et pourtant c’est fascinant, ne reste ensuite qu’à se poser la question : que deviennent kleenex et débris de chiffons ménagers abandonnés aux trottoirs et surtout que disent-ils de notre état commun ? Voici peu, Alain Nahum m’écrivait : « Avec sa pulsion de vie le papier était si combatif qu'il se faisait symbole de la lutte acharnée du dominé pour subsister ». Après avoir revu au printemps ce microfilm réalisé au portable d’un seul tenant, j’en fais une toute autre lecture, pensant même qu’à son insu, Alain Nahum a filmé l’apparition d’un virus de type nouveau, celui qui nous pendait au nez et ne lui donne pas tort pour autant : effectivement le Covid-19 remet à plat la question de la domination. Un Belge de passage était bel et bien un film prémonitoire. (Patrick Leboutte).

Nouvelle Société - Groupe Medvedkine de Besançon, France, 1969-1970, 3 x 10’

Vendredi 11 – 17h30 – Salle 1

En 1969 et 1970, les ouvriers-cinéastes du groupe Medvedkine de Besançon, encouragés par Chris Marker, réalisent trois ciné-tracts, ironiques et insolents, entre situationnisme et agit-prop, actualités populaires et cinéma d’intervention. A la jubilation de retourner contre elles-mêmes les images du pouvoir, de les détourner puis de les renvoyer à leur expéditeur, s’ajoute ici le plaisir d’inventer de courts films efficaces avec les moyens du bord. Au projet de « nouvelle société » voulu par Jacques Chaban-Delmas, le premier ministre de l’époque, au sortir de 1968, les ouvriers-cinéastes répondent à leur façon : cinéma-boomerang, cinéma-guérilla, tout de suite c’est-à-dire sans attendre le grand soir. (PL)


 

El otro dia - Ignacio Agüero, Chili, 2012, 120’

Vendredi 11 – 21h – Salle 1 – Carte blanche aux Cahiers du Cinéma

Dans son sixième long métrage, Ignacio Agüero ouvre littéralement sa porte à un film imprévisible. Sa caméra, postée au seuil de chez lui, attend qu’on vienne la sonner. Agüero rencontre notamment Manuel, qui fait la manche de quartier en quartier ainsi qu’Estibaliz, qui a voyagé depuis Valparaíso pour lui remettre son CV. Entre deux ouvertures de porte, le cinéaste étudie la trajectoire de la lumière entre ses murs et fenêtres, révélant des récits de vie jusque-là enfouis. Il tisse en parallèle une cartographie sensible de Santiago du Chili, décidé à rendre visite à ceux qui sont venus jusqu’à lui. Au fil de ses trajets, la capitale prend un nouveau visage, révèle une cinégénie périphérique inattendue. « L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête », écrivait Georges Perec dans Espèces d’espaces, qui apparaît d’ailleurs ici entre les mains du jumeau d’Agüero. Pour le cinéaste, le mot de « conquête » n’a rien d’un expansionnisme belliqueux mais toute la puissance d’une co-construction topophile, où chaque rencontre est la promesse d’un don/contre-don de lieu, d’images et de sons. (Claire Allouche).

 


 

Envisage/Dévisage - Collectif sous la direction de Rob Rombout, France, 2019, 2 x 15’

Samedi 12 – 10h – Salle 1 – D’un cinéma possible

Le mot "migrant" m'est devenu insupportable tant il supplée pour solde de tout compte un autre mot tellement plus juste et plus approprié, celui de "réfugié" qui, il est vrai, suppose une volonté d'accueil, une terre d'asile, une politique de l'hospitalité que nous sommes de moins en moins enclins à honorer. Ce que nos sociétés refusent, le cinéma l'offre encore, à commencer par la considération sans laquelle il n'y a pas de rapport à l'autre possible, du moins pas d'égal à égal. Leçon du geste documentaire quand il s'agit de filmer la parole de celui qui vient à notre rencontre en confiance : construire chaque plan comme un habitat où cette parole et les récits personnels qu'ils charrient puissent venir se déposer. Morale et beauté sidérantes de ces courts documentaires d'ateliers, initiative de Laurence Marconnet à la Médiathèque de Villeurbanne, où l'on voit des réfugiés du monde, tout à la fois acteurs et réalisateurs, oser se présenter à nous à visage découvert, dans un décor de fond de cale mais dans les lumières du cinéma, guidés dans leur apprentissage des outils par le cinéaste hollandais Rob Rombout. Ces deux petits films sont comme des amulettes pour conjurer les jours sombres. (Patrick Leboutte). 


 

Mathieu fou - Jean-Denis Bonan, France, 1967, 17’

Samedi 12 – 14h – Salle 1 – Jean-Denis Bonan par les deux bouts

 

Tourné en 5 jours dans un coin perdu de la Sologne, avec une caméra Caméflex 35 mm et naturellement sans un sou, Mathieu fou est le deuxième film du prolifique Jean-Denis Bonan. Il raconte l’histoire d’une jeune femme tôt violée qui accepte de se marier sans passion avec un riche fermier voisin avant de s’éprendre de l’employé de ce dernier. L’affaire se dénouera dans le sang comme on peut s’en douter. Un petit air de Maupassant, une sauvagerie d’inspiration surréaliste, un poème en images dédié à l'amour fou, de l'écriture automatique où le moindre geste instruit le suivant. Immédiatement censuré, le film ne circula que sous le manteau jusqu’à ce qu’en 2010 la Cinémathèque Française et les Archives Nationales du Film redécouvrent cette œuvre emblématique de l’esprit des années 68.

 

En présence du réalisateur.

 

 

Bleu Palebourg - Jean-Denis Bonan, France, 2019, 55’

Samedi 12 – 14h – Salle 1 – Jean-Denis Bonan par les deux bouts

Jean-Denis Bonan se plie à un exercice difficile, celui de mettre en image un texte –poétique et introspectif-adaptation d’un court essai de l’allemand Andréas Becker, Ulla et l’effacement. Si personnel que l’écrivain lui-même tient le rôle principal, sorte de figure fantomatique imposante, avec ses longs cheveux blonds de viking, traversant le cadre avec un assurance tranquille: il énonce en voix off ce texte déchirant, évocation douloureuse de l’histoire intime mêlée à la grande histoire. Il raconte la tragique existence de sa mère, Ulla, née en 1939 en Allemagne, emportée à 46 ans d’une cirrhose.  Traumatisée à vie par son enfance sous les bombes, elle s’est réfugiée dans l’alcool pour oublier, le whisky qui ne l’a jamais déçu. Pâlebourg,  c’est Hambourg, ville portuaire avec ses putes, ses banques et ses bombes. Une ville qui a volé une enfance parmi tant d’autres pendant la seconde guerre mondiale, comme à toutes ces femmes qui, tout en étant victime des abjections de la guerre, n’avaient pas le droit de se plaindre puisqu’elles étaient allemandes, et leurs parents potentiellement nazis. La société allemande n’a jamais abordé ce sujet de front. Bleu Palebourg est un beau film mélancolique sur une vieillesse allemande usée par sa mémoire et un essai somptueux sur l’acte de création en période de grande désolation. Autrement dit, du cinéma de notre temps. (Emmanuel Le Gagne).

 

En présence du réalisateur

 

Soleil O - Med Hondo, Mauritanie, 1970, 98'

Samedi 12 – 14h30 – Salle 2

 

Un immigré mauritanien en quête de travail, découvre les aspérités de la "Douce France", le racisme de ses collègues, le désintérêt des syndicats et l’indifférence des dignitaires africains qui vivent à Paris, au pays de "nos ancêtres les Gaulois". Un cri de révolte contre toutes les formes d’oppression, la colonisation et toutes ses séquelles politiques, économiques et sociales ainsi qu’une violente dénonciation des fantoches installés au pouvoir dans beaucoup de pays d’Afrique par la bourgeoisie française.

Soleil Ô est le titre d’un chant antillais qui conte la douleur des Noirs amenés du Dahomey aux Caraïbes. Quant au film lui-même, en sélection au festival de Cannes 1970, il est en quelque sorte la suite plus sombre encore de "la Noire de". Pamphlétaires à leur manière, ces deux films ouvrirent un espace inédit aux nouvelles cinématographies des pays d'Afrique noire, une brèche largement rebouchée depuis. On doit l'indispensable restauration de ce film au travail de Ciné-Archives et sa nouvelle circulation dans l'espace public aux magnifiques Mutins de Pangée. 

 

 

Porte sans clé - Pascale Bodet, France, 2019, 77’

Samedi 12 – 16h30 – Salle 1

Carte Blanche aux Cahiers du cinéma

« Une femme héberge quelques amis, mais ne leur confie pas les clefs de son appartement. Sa fenêtre donne sur un camp de migrants. Ses amis vont, viennent. Un jour, les migrants ne sont plus là. Les jours suivants, de nouveaux venus apparaissent dans l’appartement. Ce ne sont pas des migrants. » C’est ainsi que Pascale Bodet décrit son projet. Dans son propre appartement, la réalisatrice laisse entrer la fiction, l’hospitalité, et les amis avant de refermer la porte. Quelle place laisse-t-on à l’autre ? Qu’est-ce qu’accueillir dans l’espace du huis-clos ? Que regarde-t-on à l’extérieur ? Autant de questions qui nous ont traversés il y a quelques mois, et auxquelles le cinéma apporte une réflexion.


 

 

La mort de Danton - Alice Diop, France, 2011, 64’

Samedi 12 – 17h – Salle 2

Steve possède le physique d’un déménageur ; il est grand, il est noir, il fait peur. Il poursuit le projet de devenir acteur, mais vit en Seine-Saint-Denis, autrement dit du mauvais côté de la frontière, franchissant néanmoins le périph’ comme on dépasse les limites pour suivre pendant trois ans les enseignements du Cours Simon, temple de la culture classique française.

Alice Diop est cinéaste, noire elle aussi, Sénégauloise précisément comme elle l’assure régulièrement avec sa magnifique détermination à vouloir d’abord habiter la langue française, amoureusement. Elle a connu Steve des années plus tôt, originaire comme lui de la Cité des 3.000, à Aulnay-sous-bois. Elle filme ici son apprentissage du théâtre, les leçons de diction, les répétitions, la progression comme les déboires.

Cela se voit, ces deux-là font la paire, mais sont-ils bien à leur place, pensent-ils être dans leur rôle, plébéiens au beau milieu des bourges, chats de gouttière frôlant ceux qui possèdent ? N’y aurait-il pas quelque effraction, quelque scandale à vouloir à ce point entrer dans la lumière ? Voilà ce que leur renvoient, serait-ce inconsciemment, le ton et la posture des maîtres dont Alice filme les relations de travail avec Steve tel un brutal rapport de classes. Il rêvait d’interpréter Danton dans son discours sur la fin des privilèges, on lui fera jouer un nègre puisqu’il est un homme de couleur, comme une façon de le reconduire à la case départ, évidemment celle de l’oncle Tom. Et du coup, tout est dit d’une France mise à nu. (Patrick Leboutte).


 

Tout simplement noir - Jean-Pascal Zadi et John Wax, France, 2020, 90’

Samedi 12 – 21h30 – Place Castelvielh

Rire à nouveau, de bon cœur, et tous ensemble. C’est une des raisons du cinéma, et c’est ce que nous propose le film de Jean-Pascal Zadi qui réunit une sacrée brochette d’artistes pour faire passer le message : celui de rire, mais de s’interroger également. Sous forme de faux-documentaire, Jean-Pascal interprète JP, une sorte de clown presque militant qui veut faire carrière dans le cinéma, être bon père de famille, mais aussi haranguer les foules pour une marche antiraciste. Jouant des codes, riant de lui-même, et maîtrisant une belle palette d’acteurs et d’humour, l’équipe de Cap aux Bords vous propose de découvrir ce film sur le grand écran de la place CastelVielh.


 

La Noire de… - Ousmane Sembene, Sénégal, 1966, 55’

Dimanche 13 – 10h – Salle 1 – Décoloniser les regards

Un cri viscéral, un poème filmé en forme de coup de poing et tout simplement l’acte de naissance définitif du cinéma sénégalais. Thérèse M’Bissine Diop, qui n’avait jamais joué dans un film auparavant, y interprète le rôle d’une jeune femme noire embauchée comme gouvernante par une bonne famille française. Sa révolte contre le racisme ordinaire de cette famille si typiquement hexagonale résonne avec les luttes encore fraîches pour l’indépendance des pays d’Afrique. « Jamais plus Madame ne me dira quelque chose », « Jamais je ne serai esclave » : ces paroles scandées dans une séquence d’anthologie dépassent le cinéma, atteignant la force d’un message universel, celui de l’insurrection nécessaire contre toute forme de domination. Ce film fondateur fit des petits, il est à l’origine d’un renouveau d’un cinéma des femmes au Sénégal, au Burkina comme au Cameroun. Nous en parlerons par Skype avec Rosine Mbakam, habituée de « Cap aux bords », à qui ce film ouvrit la voie.


 


 

Sankara n’est pas mort - Lucie Viver, France, 2020, 109’

Dimanche 13 – 14h – Salle 1

Au Burkina Faso, après l’insurrection populaire d’octobre 2014, Bikontine, un jeune poète, décide de partir à la rencontre de ses concitoyens le long de l’unique voie ferrée du pays. Du Sud au Nord, de villes en villages, d’espoirs en désillusions, il met à l’épreuve son rôle de poète face aux réalités d’une société en pleine transformation et révèle en chemin l’héritage politique toujours vivace d’un ancien président : Thomas Sankara. C’est en 2012 que Lucie rencontre Bikontine au Burkina Faso et revient avec un projet de film sans ses valises. Une révolution plus tard, Lucie y retourne pour filmer « l’après », et nous offrir ce « voyage-portrait ».

En présence de la réalisatrice par skype (sous réserve)


 

Kongo - Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, France, 2020, 70’

Dimanche 13 – 14h30 – Salle 2

Kongo est de ces films qu’on regarde droit dans les yeux, sans ciller de peur de laisser passer une image. Entre sorcier et sirène, les croyances de l’apôtre Médard sont vite rattrapées par une forme de réalité elle-même incroyable. Médard le guérisseur, suite à un coup de foudre, est accusé de magie noire. Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav nous emporte, à Brazzaville, dans une réalité mystique où la question de la croyance se pose à chaque instant. Bouillonnant, foisonnant, intrigant.


 

Bungalow sessions - Nicolas Drolc, France, 2018, 67’

Dimanche 13 – 17h – Salle 1

Depuis son bungalow nancéien, Nicolas Drolc défend le bouillonnement des scènes folk et blues américaines. Pour cela, il invite ses musiciens fétiches à jouer un ou deux morceaux chez lui en toute simplicité, après qu’ils se soient produits sur de modestes scènes dans les environs. Ces six bungalow sessions accompagnées de courtes conversations forment un récit intime et poétique sur la musique, l’acte créatif et la vie quotidienne. Nicolas Drolc compose ainsi les portraits de ces conteurs contemporains dont les histoires et les mélodies se heurtent à la confusion politico-sociale du 21ème siècle. A la manière de Jack Kerouac, le cinéaste capte le naturel et la justesse de l’instant. Dans un noir et blanc intemporel, le film raconte la filiation créatrice, d’Arthur Rimbaud à John Lee Hooker comme à tous ces musiciens, derniers prophètes d’une itinérance poétique, peut-être les derniers cow-boys. Par leur musique, ils préservent ainsi les récits ouvriers et populaires d’une Amérique en déclin. (Robin Miranda das Neves).

En présence du réalisateur


 

 

Film surprise

Dimanche 13 – 20h30 – Salle 1


 


 

POUR LA FAMILLE


 

 Le samedi matin

 

Balade africaine avec Koku Ameada

Samedi 12 – 10h – Médiathèque de Ste-Livrade 

Au cœur d’un village africain, Koku emmène petits et grands à la découverte du quotidien de ses habitants… Cuisine, promenade dans la savane, traversée d'un marigot, fête traditionnelle. Un spectacle avec chants, danses et découverte d'instruments qui ne manquera pas de vous faire voyager.

 

Entrée libre

 

 

Suivi de :

La petite vendeuse de Soleil - Djibril Diop Mambety, Sénégal, 1998, 45 min

Samedi 12 – 11h – Salle 2

Au cœur de Dakar, la petite Sili se fraye un chemin. Parmi les badauds, et les autres livreurs de journée, et accompagnée de Babou qui veille, elle vend Le Soleil, un quotidien sénégalais, pour se faire un peu d’argent. Le commerce des journaux n’étant réservé qu’aux garçons, Sili ouvre une voie, tout comme son réalisateur, Mambety qui nous offre ici un des plus beau classique du cinéma africain pour petits et grands.

À partir de 7 ans.

 

Le dimanche matin

Adama - Simon Rouby, France, 2015, 82’

Dimanche 13 – 10h30 – Salle 2

Adama, 12 ans, vit dans un village isolé d’Afrique de l’Ouest. Au-delà des falaises, s’étend le Monde des Souffles. Une nuit, Samba, son frère aîné, disparaît. Adama, bravant l’interdit des anciens, décide de partir à sa recherche et entame, avec la détermination sans faille d’un enfant devenant homme, une quête qui va le mener au-delà des mers, au Nord, jusqu’aux lignes de front de la Première Guerre mondiale. Loin de tout cliché, Simon Rouby propose aux enfants un film intelligent, marquant, dans lequel on retrouve un parti-pris esthétique personnel magnifique, hors des sentiers battus de l’animation.

À partir de 7 ans

©2019 par Myriam Pascual. Créé avec wix.com pour Cap aux Bords